La Guinée cherche à approfondir ses partenariats avec les bailleurs de fonds du développement et les institutions africaines, tout en accélérant un plan à long terme visant à industrialiser son économie, à développer ses infrastructures et à dynamiser le commerce intra-africain, selon le ministre du Plan, de la Coopération internationale et du Développement (MPCID), Ismaël Nabé.
S’exprimant auprès de CNBC Africa (Consumer News et Business Channel Africa basé à Sandton, Johannesburg) en marge du Forum du Fonds de l’OPEP pour le développement international en Autriche, Monsieur Nabé a décrit le Fonds de l’OPEP comme « un grand ami de la Guinée » et a déclaré que ce pays d’Afrique de l’Ouest se positionne comme une destination d’investissement en associant ses vastes ressources naturelles à un programme de transformation économique plus large.
La Guinée, l’un des pays les plus riches en ressources naturelles au monde, possède d’importants gisements de minerai de fer, de bauxite et d’or. Le Ministre Nabé a déclaré que la priorité du gouvernement n’est plus seulement d’extraire et d’exporter des matières premières, mais de les transformer localement afin de générer davantage de valeur ajoutée au niveau national et sur l’ensemble du continent africain.
« Notre objectif aujourd’hui, dans de nombreux pays africains, est de valoriser nos matières premières », a déclaré Monsieur Nabé, citant le projet d’exploitation du minerai de fer de Simandou comme l’un des projets phares du pays. Ce projet comprend l’extraction du minerai de fer, une voie ferrée de 650 kilomètres et des infrastructures portuaires, selon un modèle de développement intégré.
Selon le ministre, la première cargaison de minerai de fer de Simandou devrait arriver sur le marché après des années de développement, tandis que les décisions futures devraient privilégier la transformation locale du minerai. M. Nabé a également indiqué que la Guinée a lancé la construction de sa troisième raffinerie pour transformer la bauxite en alumine, puis en aluminium, soulignant ainsi la volonté du gouvernement de progresser dans la chaîne de valeur des minéraux.
Cette stratégie intervient alors que la Guinée affiche des perspectives macroéconomiques relativement favorables. Selon le ministre du Plan, de la Coopération internationale et du Développement , le taux d’inflation du pays se situe autour de 3 %, le ratio dette/PIB à environ 29 % et la croissance économique à environ 8 %, avec des prévisions de croissance à deux chiffres pour l’année prochaine.
Il a présenté ces indicateurs comme la preuve que la Guinée est bien placée pour attirer des investissements à long terme. « La situation économique est très prometteuse », a-t-il déclaré, tout en soulignant que les pays africains devraient utiliser leurs ressources pour passer d’une situation de vulnérabilité à une plus grande résilience et à la prospérité.
Le ministre a toutefois clairement indiqué que les ambitions de développement de la Guinée vont bien au-delà du secteur minier. Il a présenté le plan directeur à long terme du pays, baptisé « Simandou 2040 », une stratégie sur 15 ans articulée autour de cinq piliers : l’agriculture et l’agro-industrie ; l’éducation et la culture ; les infrastructures, les transports et les technologies ; la finance, l’économie et les assurances ; et la santé et le bien-être.
Monsieur le Ministre Nabé a indiqué que le plan comprend 122 mégaprojets et 36 réformes, et nécessitera la mobilisation de plus de 200 milliards de dollars au cours des 15 prochaines années. Pour combler ce déficit de financement, la Guinée recherche des co-investissements, des financements mixtes, des financements climatiques et des partenariats plus larges avec des bailleurs de fonds multilatéraux, des fonds arabes de développement et des investisseurs du secteur privé.
« Parfois, en Afrique, nous ne recherchons pas des financements. Nous recherchons des partenariats. Nous recherchons la coopération. Nous recherchons des partenariats gagnant-gagnant », a déclaré le Ministre.
Les propos du ministre témoignent de l’importance croissante accordée par les décideurs politiques africains à la réduction de la dépendance excessive à l’égard de l’aide extérieure traditionnelle et à la mise en place de modèles d’investissement combinant capitaux nationaux, financements régionaux et soutien international au développement. Ministre Nabé a notamment souligné que les fonds de pension et les fonds souverains africains – dont le montant cumulé s’élève, selon lui, à des milliers de milliards de dollars – constituent une réserve de capitaux sous-utilisée qui pourrait être réorientée vers le continent moyennant une gestion adéquate des risques.
Il a indiqué que la Guinée collabore avec des institutions telles que la Banque africaine de développement, la Banque mondiale et les banques régionales afin de soutenir des projets intégrés et d’attirer davantage de financements privés. M. Nabé, qui a également précisé présider la Banque ouest-africaine d’investissement et de développement, a affirmé que le renforcement des institutions financières régionales et l’augmentation de leurs fonds propres pourraient contribuer à mobiliser davantage de capitaux sur les marchés financiers.
Un argument central de la Guinée est sa préférence pour les projets d’infrastructures intégrés plutôt que pour les investissements isolés. Monsieur Nabé a déclaré que Simandou illustre comment la combinaison d’une voie ferrée, d’une mine et d’un port peut générer des retombées économiques plus importantes, attirer la participation des multinationales et ouvrir la voie au commerce régional.
Il a indiqué que le projet comptait déjà des partenaires du Royaume-Uni, d’Australie, de Singapour, de France, des États-Unis et de Chine. Plus important encore, a-t-il ajouté, cette ligne ferroviaire pourrait à terme relier la Guinée à ses voisins : la Sierra Leone, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Libéria et la Guinée-Bissau.
Cette connectivité transfrontalière est, selon lui, essentielle pour résoudre l’un des plus grands défis structurels de l’Afrique : la faiblesse des flux commerciaux intra-africains, due à la médiocrité des infrastructures de transport et de communication.
« Pourquoi le commerce intra-africain pose-t-il problème aujourd’hui ? Parce qu’il n’y a pas de communication », a déclaré Monsieur Ismael Nabé, soulignant la nécessité de développer les infrastructures routières, ferroviaires, portuaires et aériennes pour faciliter la circulation des marchandises par-delà les frontières.
Il a fait valoir que de meilleures infrastructures permettraient aux produits fabriqués ou transformés dans des pays comme l’Afrique du Sud, le Botswana et le Zimbabwe d’atteindre plus facilement des marchés comme la Guinée, tandis que les produits agricoles guinéens — notamment les mangues et les ananas — pourraient être vendus de manière plus compétitive sur tout le continent, et pas seulement en Europe.
L’agriculture est un élément majeur de la stratégie de diversification de la Guinée. Selon le le ministre du Plan, de la Coopération internationale et du Développement, le pays dispose de plus de 13 millions d’hectares de terres arables et est surnommé le « réservoir d’eau de l’Afrique de l’Ouest », ce qui laisse entrevoir un fort potentiel pour l’agro-transformation si les revenus miniers sont efficacement réinvestis.
Il a également souligné que l’éducation et le développement des compétences étaient une priorité, affirmant que la Guinée souhaitait construire des universités et développer les échanges d’étudiants non seulement avec les pays occidentaux, mais aussi au sein de l’Afrique, notamment avec des pays comme l’Afrique du Sud, le Botswana et le Maroc.
Sur le plan financier, Monsieur Nabé a déclaré que la Guinée souhaite approfondir son écosystème bancaire, notamment en créant des institutions spécialisées telles que des banques de logement et agricoles, afin de mieux soutenir le développement national.
Il a ajouté que les notations de crédit internationales joueraient un rôle important dans l’attraction des capitaux. M. Nabé a indiqué que la Guinée avait récemment été évaluée par S&P et Moody’s, et il s’est félicité de cette évolution vers des perspectives plus positives, y voyant un signe que les investisseurs ont davantage confiance dans la trajectoire du pays.
Le ministre a également souligné le rôle des instruments africains d’atténuation des risques, notamment les initiatives de la Banque africaine de développement et la plateforme d’assurance pour le développement du commerce et des investissements en Afrique, pour contribuer à réduire les risques liés aux investissements sur le continent.
En résumé, le message de Monsieur le Ministre Ismael Nabé était clair : la Guinée souhaite se repositionner non seulement comme source de matières premières, mais aussi comme plateforme de croissance régionale s’appuyant sur la transformation industrielle, des infrastructures intégrées et le commerce transfrontalier. Devant les partenaires au développement réunis au forum du Fonds de l’OPEP, la Guinée a plaidé que sa prochaine phase de croissance dépendra moins de l’aide seule que de partenariats structurés et durables, capables de transformer les richesses minières en un levier de transformation économique plus large.



