Le Ministre Ismaël Nabé : « La Guinée doit utiliser ses ressources pour développer les autres secteurs de son économie »

À l’occasion des Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement, le ministre guinéen du Plan, de la Coopération internationale et du Développement, Monsieur Ismaël Nabé, a livré une vision ambitieuse du financement du développement, fondée sur l’intégration des projets, la mobilisation de capitaux et la coopération africaine. Au cœur de son intervention : le projet Simandou, le programme Simandou 2040, le renforcement des institutions financières régionales et la volonté de faire de la Guinée une véritable économie de destination.

L’intervention du ministre Ismaël Nabé sur Africa 24 s’inscrit dans un contexte où la question du financement du développement africain apparaît plus stratégique que jamais. Pour le ministre guinéen du Plan, la réponse aux défis du continent ne peut plus reposer sur des projets isolés, dispersés et faiblement connectés. L’Afrique doit désormais privilégier des investissements intégrés, capables de produire simultanément des infrastructures, des emplois, de la valeur ajoutée et des effets d’entraînement sur plusieurs secteurs économiques.

Cette approche trouve, selon lui, une illustration concrète en Guinée avec le projet Simandou. Présenté comme un projet intégré, Simandou associe l’exploitation minière, le développement d’un réseau ferroviaire et la construction d’infrastructures portuaires, avec l’ambition d’y adjoindre également des capacités de transformation. Le ministre insiste particulièrement sur la logique d’interconnexion qui sous-tend cette infrastructure. Le développement du chemin de fer, du port et des mines doit permettre de créer un écosystème économique dépassant la seule extraction du minerai.

Pour l’ingénieur Ismaël Nabé, cette logique pourrait être étendue à l’échelle sous-régionale. Les infrastructures guinéennes pourraient, à terme, s’inscrire dans des corridors reliant plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, notamment la Guinée, le Liberia, la Sierra Leone, la Côte d’Ivoire, le Mali ou encore la Guinée-Bissau. Cette conception régionale répond à un principe qu’il a fortement défendu au cours de l’entretien : l’échelle est devenue la clé du financement et de l’impact du développement africain. Des investissements plus importants doivent permettre de générer davantage d’emplois, de revenus et de retombées économiques.

Cette vision rejoint directement les idéaux portés par le Général Bâtisseur, Président Mamadi Doumbouya, auxquels le ministre Ismaël Nabé affirme pleinement adhérer. Il présente l’action gouvernementale comme une démarche visant à transformer les ressources et les potentialités de la Guinée en leviers de développement durable, plutôt qu’en simples sources de revenus immédiats. À travers Simandou et Simandou 2040, cette orientation entend rompre avec une approche fragmentée du développement pour privilégier la construction d’infrastructures structurantes, la transformation locale des ressources, la diversification économique et la création d’un environnement favorable à l’investissement. Pour le ministre, cette transformation suppose discipline, travail, coordination institutionnelle et capacité à mobiliser les partenaires autour d’une vision nationale cohérente.

Simandou 2040, nouvelle architecture du développement guinéen

Au-delà du projet minier de Simandou, le stratège Ismaël Nabé met en avant le programme Simandou 2040, présenté comme la plateforme nationale de développement économique de la Guinée pour les quinze prochaines années. Le programme repose sur cinq piliers : l’agriculture, l’industrie et le commerce ; l’éducation et la culture ; les infrastructures, les transports et les technologies ; la finance, l’économie et l’assurance ; enfin, la santé et le bien-être.

Selon le ministre, cette stratégie identifie 122 mégaprojets nécessitant, sur quinze ans, une mobilisation financière de plus de 200 milliards de dollars. La première phase, couvrant la période 2026-2030, nécessiterait environ 65 milliards de dollars. Une partie significative de cette ambition repose déjà sur Simandou, dont le financement annoncé par le ministre atteint environ 20 milliards de dollars.

L’enjeu consiste désormais à construire des mécanismes de financement capables d’accompagner les autres projets. Monsieur le ministre Ismaël Nabé cite notamment le financement mixte, les banques multilatérales de développement, les agences de crédit à l’exportation et les partenariats avec des investisseurs internationaux. Il évoque des discussions ou coopérations avec plusieurs partenaires européens, asiatiques et arabes, ainsi qu’avec la Banque africaine de développement, la Banque mondiale, la JICA et différents organismes de financement.

Une crédibilité financière renforcée

La stratégie de développement s’accompagne d’un effort visant à renforcer la crédibilité financière de la Guinée. Le ministre rappelle l’obtention d’une notation souveraine B+, ainsi que l’évolution des perspectives, passées de stables à positives selon les éléments présentés dans l’entretien. Il met également en avant l’amélioration des réserves extérieures de la Banque centrale.

Dans cette architecture financière figure également le projet de création d’un fonds souverain guinéen. Celui-ci devrait, selon Monsieur Nabé, jouer plusieurs rôles : soutenir l’investissement, contribuer au financement de certains projets, participer à la réduction des risques et constituer un mécanisme destiné aux générations futures. L’objectif est donc de bâtir progressivement une capacité nationale de financement permettant à la Guinée de moins dépendre d’une seule source de capitaux.

Amadou Oury Bah, un rôle essentiel dans la coordination gouvernementale

Aux côtés du Président de la République et des différents membres du Gouvernement, Monsieur Amadou Oury Bah, Premier ministre et Chef du Gouvernement, occupe une position essentielle dans la coordination de l’action gouvernementale et la mise en cohérence des politiques publiques.
Son rôle s’inscrit dans la dynamique visant à traduire les grandes orientations nationales en programmes et réformes opérationnels, avec une attention particulière portée à la coordination institutionnelle et à l’efficacité de l’action publique.
Dans cette architecture, la complémentarité entre la Primature, le ministère du Plan et les autres départements sectoriels constitue un facteur déterminant pour transformer les ambitions de développement en résultats concrets.

Faire de l’EBID un instrument régional de changement d’échelle

La nouvelle responsabilité régionale du ministre Ismaël Nabé à la tête de la Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO (EBID) ouvre une autre perspective. Le ministre défend l’idée de renforcer la capacité financière de cette institution en attirant de nouveaux actionnaires et partenaires financiers.

L’objectif est notamment de permettre à des institutions disposant de fortes notations financières d’apporter leur crédibilité et leurs ressources à l’EBID. La présence envisagée ou discutée d’institutions telles que la Banque arabe pour le développement économique en Afrique, la Banque africaine de développement, la Banque islamique de développement ou encore des banques d’import-export pourrait contribuer à accroître la capacité de financement de l’institution régionale.

L’ambition dépasse ainsi le cadre guinéen. L’EBID pourrait devenir une plateforme de mobilisation et de cofinancement capable d’accompagner des projets structurants dans l’ensemble de l’espace ouest-africain. Pour monsieur Ismaël Nabé, l’expérience accumulée par l’institution constitue un avantage important dans un environnement où les investisseurs recherchent avant tout la prévisibilité, la solidité institutionnelle et la sécurité de leurs engagements.

Vers une nouvelle diplomatie économique africaine

Le ministre insiste également sur la nécessité de renforcer la coopération Sud-Sud et les partenariats triangulaires. La Guinée pourrait partager son expérience avec d’autres pays africains, tandis que les expériences développées ailleurs pourraient être adaptées au contexte guinéen.

Cette philosophie repose sur une idée centrale : l’Afrique dispose de ressources financières, naturelles et humaines considérables, mais doit mieux les organiser et les mobiliser. La mobilisation des fonds de pension, des compagnies d’assurance, des recettes publiques et des institutions financières africaines pourrait contribuer à accroître l’autonomie financière du continent.

La vision défendue par le ministre Ismaël Nabé se résume finalement à un changement de paradigme : utiliser les ressources minières pour financer la transformation de l’économie dans son ensemble. L’objectif n’est plus seulement d’extraire, mais de créer des infrastructures, développer l’industrie, renforcer l’agriculture, investir dans le capital humain, moderniser les technologies et améliorer les conditions de vie.

À travers Simandou, Simandou 2040 et son engagement dans les institutions financières régionales, le ministre présente ainsi une Guinée qui cherche à passer d’une logique de projets à une logique de plateforme économique. Une orientation qui, si elle se concrétise, pourrait faire de la transformation des ressources naturelles un véritable accélérateur de diversification économique et d’intégration régionale.

L’enjeu des prochaines années sera désormais de transformer cette ambition en réalisations mesurables : projets bancables, financements effectivement mobilisés, infrastructures livrées, emplois créés, capacités industrielles développées et valeur ajoutée retenue sur le continent. C’est à cette condition que la vision portée par la Guinée pourra dépasser le cadre national et devenir, comme le souhaite monsieur Ismaël Nabé, une expérience reproductible à l’échelle de l’Afrique.

Auteur/autrice

  • Par le Mouvement Hèri Kira

    Le mouvement citoyen Hèri Kira est une plateforme de jeunesse qui se positionne comme un ardent défenseur de la refondation nationale et un soutien actif aux actions du Général Bâtisseur Président de la République de Guinée Mamadi Doumbouya.

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