En marge des Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement à Brazzaville, le Ministre guinéen du Plan, de la Coopération Internationale et du Développement, Monsieur Ismael Nabé, a dressé un panorama ambitieux de la transformation économique de son pays. Entre le mégaprojet Simandou, le programme Simandou 2040, l’obtention d’une notation souveraine et sa nouvelle présidence de la Banque d’Investissement et de Développement de la CEDEAO, le Ministre a livré une vision intégrée et panafricaine du développement.
Simandou : le modèle d’un projet intégré à l’échelle continentale
Le thème des Assemblées annuelles de la BAD, axé sur le passage d’un monde fragmenté à des projets intégrés, trouve en Guinée une illustration concrète. Monsieur Ismael Nabé l’a rappelé avec fierté : le projet Simandou incarne cette philosophie. « Nous ne voulons plus de projets isolés. Sous le leadership du Président Mamadi Doumbouya, nous avons choisi de développer des projets intégrés », a-t-il déclaré.
Le mégaprojet Simandou comprend la construction de 650 kilomètres de voie ferrée, soit plus de 1 000 kilomètres en double voie, reliant la mine au port. Il inclut également le développement du port, de la mine elle-même et, à terme, d’une raffinerie. Les premières expéditions de minerai ont déjà été réalisées. Financé par des partenaires venus d’Europe, d’Australie, du Royaume-Uni, des États-Unis, de France et de Singapour, Simandou représente un investissement de 20 milliards de dollars entièrement mobilisés.
« Ce qui se passe en Guinée peut être dupliqué dans d’autres parties de l’Afrique », a insisté le Ministre, évoquant la possibilité de corridors ferroviaires reliant la Guinée au Liberia, à la Sierra Leone, à la Côte d’Ivoire, au Mali et à la Guinée-Bissau. Pour lui, la logique est claire : investissement à grande échelle, financement à grande échelle, emplois à grande échelle et retours sur investissement à grande échelle.
Le Président Doumbouya a d’ailleurs reçu le Grand Prix du Bâtisseur lors de ces assises, une distinction que le Ministre accueille avec humilité et sincérité, tout en saluant le travail acharné du Comité Stratégique de Simandou.
Simandou 2040 : une feuille de route à 200 milliards de dollars
Au-delà du projet minier, la Guinée s’est dotée d’une plateforme de développement économique baptisée Simandou 2040. Ce plan national, ratifié par l’Assemblée nationale et élevé au rang de loi de la République, s’articule autour de cinq piliers : agriculture-industrie-commerce ; éducation-culture ; infrastructures-transport-technologie ; finance-économie-assurance ; et santé-bien-être.
Sur ces cinq piliers, 122 mégaprojets ont été identifiés, nécessitant la mobilisation de plus de 200 milliards de dollars sur quinze ans. La première phase, couvrant la période 2026-2030, requiert 65 milliards de dollars. « L’ambition est immense, mais nous la divisons en segments réalisables », a précisé le Ministre Ismael Nabé.
La stratégie de financement repose sur le mélange des sources : banques multilatérales de développement, agences de crédit export (UKEF britannique, agence polonaise, BPI France), partenaires asiatiques (JICA, banques chinoises et coréennes), et groupes de coordination arabes. L’objectif affiché par le Président est d’utiliser les ressources minières pour développer d’autres secteurs, à l’instar des pays du Golfe.
Notation souveraine et fonds souverain : la Guinée gagne en crédibilité
Sur le plan financier, la Guinée a franchi des étapes décisives. Sa première notation par S&P Global Ratings, obtenue à B+ avec perspective stable, a été relevée à perspective positive en seulement six mois, grâce à des indicateurs macroéconomiques solides et à des réserves de change passées de deux à plus de six mois d’importations.
« Cela nous permettra d’accéder aux marchés internationaux pour lever des capitaux », a souligné Monsieur Ismael Nabé. Parallèlement, un fonds souverain est en cours de constitution. Il servira à la fois de réserve intergénérationnelle, d’outil de financement des investissements et de mécanisme de dérisquage pour attirer les partenaires privés.
EBID : amplifier l’impact régional
Nouvellement élu président de la Banque d’Investissement et de Développement de la CEDEAO (EBID), le Ministre Ismael Nabé entend transformer cette institution cinquantenaire en levier de financement régional. Sa stratégie : ouvrir le capital à de nouveaux actionnaires institutionnels – la Banque arabe pour le développement en Afrique (BADEA), la BAD, la Banque islamique de développement, India Exim Bank, Saudi Exim Bank et le British International Investment (BII).
« Ces institutions apportent leur notation triple A, ce qui permettra à l’EBID d’augmenter son capital et d’accéder aux marchés », a-t-il expliqué. Il préside également l’Africa Risk Capacity, un mécanisme de couverture contre les catastrophes naturelles et sanitaires à l’échelle continentale.
Coopération Sud-Sud et partenariats circulaires
Le Ministre a plaidé pour une coopération Sud-Sud renforcée et des partenariats triangulaires : « Ce que le Japon fait avec la Guinée, nous pouvons l’étendre à la Côte d’Ivoire. C’est le concept de partenariat circulaire. » Il a également cité l’adage africain : « Si quelqu’un veut vous aider à nettoyer votre dos, vous devez d’abord nettoyer votre devant vous-même. »
À Brazzaville, la Guinée a partagé son expérience avec la République du Congo, qui rédige actuellement son propre plan de développement économique. « Le développement de l’Afrique doit venir de l’Afrique », a conclu Monsieur Ismael Nabé, reprenant les mots du président de la BAD. Un message qui résonne comme une profession de foi pour tout un continent en quête de souveraineté économique.



